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Proche-Orient: la France a-t-elle lâché les Palestiniens?

Article paru sur le site du journal Le Figaro le 29/01/2020 par Isabelle Lasserre

Tout en affirmant mener une politique de neutralité dans le conflit israélo-palestinien, la France a souvent été considérée comme un pays propalestinien.

C’est par un communiqué laconique et ambigu que la diplomatie française a commenté l’initiative de Donald Trump au Proche-Orient, ce «deal du siècle» qui sert avant tout les intérêts israéliens. De source sûre, les «éléments de langage» ont été fournis, voir imposés au Quai d’Orsay par l’Élysée. Ils sont étonnamment compréhensifs vis-à-vis de l’initiative trumpienne. La France «salue» en effet «les efforts» du président américain. Elle promet d’étudier «avec attention» le plan de paix et d’agir en lien avec les États-Unis et ses partenaires européens.

Tout en affirmant mener une politique de neutralité dans le conflit israélo-palestinien, la France a souvent été considérée comme un pays propalestinien. En tout cas sous Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ayant rétabli, chacun à leur manière, une forme d’impartialité vis-à-vis de ce dossier ultrasensible. Les propos relativement compréhensibles soufflés au ministère des Affaires étrangères par Emmanuel Macron s’apparentent donc à un lâchage de la cause palestinienne. «Visiblement, la France a renoncé à s’engager pour la promotion d’un État palestinien constatant la situation sur le terrain», commente l’ancien diplomate Denis Bauchard, aujourd’hui conseiller Moyen-Orient à l’IFRI. La réalité montre en effet un fait accompli israélien ainsi qu’une absence de volonté des deux parties.

«Emmanuel Macron ne veut pas se fâcher avec Donald Trump», résume un diplomate. Il refuse d’ouvrir un front supplémentaire avec le président américain, alors que le différend qui oppose Washington et Paris sur l’accord nucléaire iranien complique déjà la relation bilatérale. Sur le dossier israélo-palestinien, le président français sait qu’il ne sert à rien de vouloir s’imposer ou de contredire face au rouleau compresseur américain. La France a besoin des États-Unis et de leur armée, qu’elle tente de retenir au Sahel et en Syrie pour y combattre le terrorisme. «Elle a des problèmes beaucoup plus sérieux à résoudre que la question palestinienne, qui à ce stade ressemble à une cause perdue», résume Denis Bauchard. Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron est resté en retrait sur cette question dans laquelle il n’y a selon lui que des coups à prendre, lui préférant le Sahel et le Levant.

Pragmatisme et réalisme

Si le coup de projecteur américain a sur elle un effet grossissant, la cause palestinienne est pourtant délaissée depuis longtemps par les agendas diplomatiques, chassée par les printemps arabes qui ont changé l’ordre politique au Moyen-Orient. Les uns après les autres, les nouveaux dirigeants arabes se sont rangés du côté des États-Unis face aux Palestiniens. L’animosité envers Israël a été remplacée par de nouvelles menaces: l’Iran, les djihadistes de Daech et, pour certains pays sunnites, la croissance de l’islam politique et des Frères musulmans. Longtemps, les États arabes et leurs présidents autoritaires ont assuré la stabilité de la région. Depuis, ils ont souvent été remplacés par des États fragiles dans lesquels la religion se radicalise et dont les populations préfèrent manifester pour réclamer des droits supplémentaires que de soutenir la cause palestinienne. Depuis le départ de Moubarak, l’Égypte ne joue plus sa fonction modératrice dans le conflit israélo-palestinien. La mort de Yasser Arafat en 2004 avait réduit l’attrait du combat palestinien en Europe. Mais la radicalisation et les divisions du camp politique palestinien ont fini par lasser les diplomates.

Pragmatique, disruptif, réaliste, Emmanuel Macron aime briser les tabous, renverser les tables, donner des coups de pied dans la fourmilière, comme il l’a fait avec l’Otan dans son interview à The Economist. Davantage que les traditions diplomatiques françaises, ce sont les résultats et le mouvement qui lui importent. Quand les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2018, la France avait officiellement dit sa «désapprobation». Mais la réserve n’était que de façade. «Nous sommes en désaccord sur la forme, mais en accord relatif sur le fond», confiait à l’époque un haut diplomate.

L’Élysée a cependant pris soin, dans sa réponse à l’initiative américaine, de réaffirmer les fondamentaux diplomatiques de la France. «Tous les paramètres sont respectés, notamment l’attachement de la France à la solution à deux États. On ne trahit pas nos positions», commente un diplomate. En faisant passer le message par le Quai d’Orsay, l’Élysée a su se garder une distance vis-à-vis du plan trumpien. Mais si cette ligne compréhensive devait être maintenue jusqu’à l’annexion des colonies de Cisjordanie, elle signerait un tournant dans la politique proche-orientale de la France.


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