Grand oral à l’ONU pour succéder à Ban Ki-moon

Huit candidats sont officiellement en lice pour prendre la succession, dès janvier 2017, de l’actuel secrétaire général des Nations unies.

Pour la première fois dans l’histoire de l’organisation, ils doivent passer une audition devant les représentants de ses 193 pays membres.

Comment s’opère désormais la sélection ?

Finie l’ère du huis clos. Depuis le 12 avril et jusqu’au 14, les aspirants à la succession de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, passent un véritable entretien d’embauche à New York pour défendre publiquement leur candidature.

Ils doivent prendre la parole pour exposer, en deux heures et devant les 193 pays membres de l’organisation, leur conception du poste de diplomate en chef et leurs objectifs. Un grand oral décisif qui pourrait changer la donne, même pour les candidats faisant figure de favoris.

Cette nouvelle épreuve dans le processus de sélection répond à une « demande de transparence » formulée par l’Assemblée générale de l’ONU, alors que, pendant des décennies, la nomination du candidat s’est opérée au terme d’un huis clos entre les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine et la France.

« C’est un progrès, analyse Chloé Maurel, agrégée et docteure en histoire, spécialiste des Nations unies, auteur d’Histoire des idées des Nations unies (L’Harmattan, 2015) et chercheuse associée à l’Iris. On peut souhaiter qu’à l’avenir, le secrétaire général de l’ONU soit vraiment élu par l’assemblée générale, sans intervention des cinq membres permanents du conseil de sécurité. »

Si l’instauration de ce grand oral témoigne bien d’une avancée, celle-ci reste limitée : les cinq Grands devraient garder le dernier mot sur le choix du prochain secrétaire général.

Qui sont les candidats en lice ?

Ils sont pour l’instant huit à s’être déclarés officiellement dans la course. Quatre hommes et quatre femmes. Parmi les noms connus figurent la Bulgare Irina Bokova – directrice de l’Unesco –, la Néo-zélandaise Helen Clark – ancienne premier ministre de son pays et directrice du Programme des Nations unies pour le développement – ou le Portugais Antonio Guterres, ancien haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés.

L’ex-président slovène Danilo Türk et quatre chefs de la diplomatie, dont la Croate Vesna Pusic, la Moldave Natalia Gherman, le Macédonien Srgjan Kerim et le Monténégrin Igor Luksic sont également auditionnés ces jours-ci. Tandis que la liste des candidats, toujours ouverte, devrait encore s’allonger ces prochains mois.

« Beaucoup d’États membres – au moins 56 sur 193 – ont déclaré qu’ils souhaitaient qu’une femme accède enfin à la tête de l’ONU, poursuit Chloé Maurel. La situation ne s’est jamais produite. Les huit secrétaires généraux qui se sont succédé depuis 1945 ont tous été des hommes. »

Parmi les autres critères pris en compte dans les dossiers de candidatures, celui de l’appartenance géographique. La Russie insiste pour que le prochain secrétaire général vienne d’Europe de l’Est, seule région à ne pas avoir encore été représentée à ce poste.

Quelles sont les prochaines échéances ?

Le grand oral n’est en réalité que le préambule du processus de sélection. Celui-ci commencera vraiment en juillet prochain, et il se jouera entre les quinze membres du Conseil de sécurité, avec plusieurs tours de scrutin à bulletin secret.

En septembre, le conseil soumettra ensuite un seul nom à l’assemblée générale pour qu’elle entérine ce choix, et le nominé pourra remplacer Ban Ki-moon dès le 1er janvier 2017.

Alors que l’ONU est confrontée à la plus grave crise de réfugiés de son histoire, que sa crédibilité est entachée par la série de scandales d’abus sexuels en Afrique et par son impuissance en Syrie, les tâches qui l’attendent sont gigantesques.

Article paru sur le sire de La croix (Malo Tresca)


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