Samedi 16 Février 2019
 

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Les migrations, constat et évolutions possibles ?

Les migrations de toutes sortes ont existé de tout temps et existeront toujours. L’implantation de nouveaux arrivants entraîne presque toujours des tensions et les sociétés d’accueil passent souvent sous silence les apports économiques et culturels, liés à toute migration avec les retombées qui bénéficient aussi aux pays d’origine. Les migrations sont complexes que ce soit dans leurs causes, leurs facteurs déclencheurs et leurs impacts.

L’un des impacts, longtemps minimisé ou exploité par certains groupes xénophobes, est celui d’une modification de la «volonté de vivre ensemble» qui fait de la Nation selon Ernest Renan, un «compromis de cohabiter bon gré mal gré». Dans ce contexte : le développement local  » revisité » devient un impératif. Le développement de toute société est une opération longue, complexe et exigeante pour les efforts qu’elle demande et redonne tout son sens à la coopération, aux échanges d’expériences entre nations, régions, communautés afin de créer un monde où chacun pourra trouver sa place. L’Union Européenne a, depuis peu, amorcé ce virage, cette réintégration du volet, indispensable, du développement dans ses programmes de contrôle et d’accompagnement des migrations ou des réfugiés.

Selon vous, face au sentiment d’insécurité économique et social provoqué par les migrations de masse, quelles sont les réponses de l’UE et de l’UA ?

L’Union Européenne a, depuis deux ans environ, opéré une réorientation notoire de ses relations avec les pays tiers africains en particulier avec la mise en place, via des accords bilatéraux avec les pays «tampons» d’un système de contrôle des flux migratoires. Elle a aussi initié un Trust Fund doté de plus de 3 milliards d’euros afin de financer des projets présélectionnés par les Agences Nationales de Coopération de chaque état membre. Ces projets ont pour but de promouvoir la «good governance» dans les pays d’origine, de créer de l’emploi pour les jeunes et de détourner les passeurs de leurs activités répréhensibles.

Y-a-t-il eu une prise de conscience récentes des dirigeants européens face à une meilleure prise en charge des dernières migrations massives en Europe ?

Le relatif coup d’arrêt à l’immigration massive de l’Allemagne a fait prendre conscience aux dirigeants européens de la nécessité de déplacer le « curseur » de l’accueil «aveugle» vers une politique visant à s’attaquer aux causes mêmes des départs en masse des pays d’origine. L’Union Africaine, de son côté, sensibilise de plus en plus ses pays membres à la nécessité d’établir un climat propice aux actions de développement dans leurs pays respectifs. l’Union Africaine a également structuré son architecture avec la mise en place d’agences spécialisées (le CAERT, coopération anti-terroriste, basée à Alger, le Comité des Services de Renseignement et le tout nouveau AFRIPOL pendant d’Interpol etc…) et a multiplié les mécanismes de coopération avec les organismes régionaux (IGAD , SADDEC, ECOWAS).
Plusieurs pays ont également arrêté le «tout répressif» pour passer à des mesures préventives en faveur du lien incontournable et essentiel entre prévention contre le terrorisme et le développement en général.

Quelles sont selon vous les pistes de réflexions à envisager ?

Tout d’abord il convient souligner que l’arrêt des migrations est un mythe tenace mais illusoire. Les migrations resteront sur l’agenda de l’humanité comme elles l’ont été de tout temps. Cependant les éléments « volatiles » sont nombreux dans ce domaine : le changement climatique constaté, « , les pandémies voire même l’arme nucléaire et son utilisation massive dans des conflits possibles, sont autant de facteurs susceptibles de modifier la trajectoire de ces tendances lourdes.

La vieillissante Europe a besoin de migrants constituée de populations jeunes. Mais la cohabitation des cultures les plus différentes, dans un contexte international que certains groupes extrémistes souhaitent mettre à profit complique sérieusement la donne. Par ailleurs la précarité de l’ordre international et les dangers de l’utilisation du facteur religieux dans cette évolution /recomposition de l’ordre mondial dont les migrants ne sont qu’une des conséquences,voire un instrument de ce dernier, sont également à prendre en compte.

Vous proposez donc une certaine forme de prise de conscience que vous appelez : Agir « éveillé »

Devant  » l’internalisation  » de ces changements en cours et sources de menaces qui pèsent sur notre monde, nos sociétés respectives ne peuvent être qu’anxiogènes et certains ne manquent pas d’exploiter ces peurs pour établir des fossés qu’ils imaginent infranchissables par  » l’Autre ». Ces évolutions devraient au contraire stimuler la réflexion et nourrir l’action y compris dans le domaine qui est le nôtre, celui de la diplomatie humanitaire. Le constat que le curseur de l’aide aux pays pauvres se redéplace vers les actions de développement à la base et que ce recadrage nécessaire soit reconnu et validé par tous devrait permettre, à terme, de réduire à la fois les flots de migrants tout comme les peurs et les réticences des populations européennes à leur égard. Tout ceci, dans un contexte de coopération renforcée entre les pays européens et africains via, entre autres leurs institutions respectives(UE et UA ).

Que fait l’Ordre de Malte dans cette perspective ?

L’Ordre de Malte qui est actif dans de nombreux pays et qui couvre aussi bien le volet urgence et aide aux migrants que celui du développement à moyen et long terme ne pourra que voir ses actions, projets et initiatives prendre encore plus de relief et contribuer ainsi, avec ses moyens propres, à la construction d’un monde plus harmonieux et généreux, au service des plus démunis, justement ceux qui fuient la pauvreté.

Yves Gazzo,

Président de l’Académie des Sciences d’Outre Mer,

Ambassadeur, Représentant de l’Ordre souverain de Malte auprès de l’Union Européenne.

Février 2018


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