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L’Œuvre d’Orient s’inquiète de la baisse des dons pour les chrétiens d’Orient

Article paru sur le site du journal La Croix le 23/05/2019 par Augustine Passilly

La perte de territoires de l’État islamique en Syrie et en Irak a réduit la médiatisation du sort des populations locales. Les associations de soutien aux chrétiens d’Orient estiment pourtant que la poursuite des dons s’avère cruciale pour la reconstruction et le maintien de la paix.

La chute de Daech, officiellement actée après la reprise de Baghouz, en Syrie, le 23 mars, n’a pas résolu les menaces pesant sur les chrétiens d’Orient. C’est en substance le message passé par Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, lors d’un point presse le 22 mai.

Or, l’an dernier, cette association a subi une diminution des dons déductibles de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur la fortune (ISF), respectivement de 10 % et 50 %. Si Mgr Gollnisch n’y voit pas un désintérêt vis-à-vis des chrétiens de Syrie et d’Irak – il attribue ces reculs aux politiques fiscales –, il admet « une baisse de l’émotion » face à ces peuples victimes des conséquences de la guerre.

Selon lui, les hommes et les femmes reconstruisant leurs bâtiments mobilisent moins que leur massacre. Pourtant, les associations sont unanimes sur le fait que la médiatisation plus faible du sort de ces chrétiens ne doit pas entraver la solidarité, cruciale pour la refonte de leur société.

« Finalement, c’est maintenant qu’on a le plus besoin d’aide »

Pour Faraj Benoît Camurat, directeur de l’association Fraternité en Irak, le conflit syrien a été enterré prématurément par la presse. « Cela donne l’impression que le problème a été réglé. Or, c’est plus compliqué que ça, prévient-il. Daech ressemble à une maladie cancéreuse avec des métastases : s’il n’existe plus sous la forme de proto-État, son idéologie a eu le temps d’infuser dans un certain nombre d’esprits et de laisser des traces. »

D’autre part, près de 57 millions de civils, dont 830 000 chrétiens en Syrie et 250 000 en Irak (chiffres de l’Observatoire des libertés religieuses), doivent désormais s’atteler à la reconstruction de leur pays. « Finalement, c’est maintenant qu’on a le plus besoin d’aide », résume Tiphaine Bienvenue, responsable de la communication à l’association Aide à l’Église en détresse (AED).

Dans la seule plaine de Ninive, au nord-est de Mossoul en Irak, 14 035 maisons endommagées et un millier totalement détruit doivent en effet être rénovées. Ce chantier peut être terminé d’ici à la fin de l’année 2019. En revanche, pour les lieux de culte « cela prendra au moins jusqu’en 2022 », selon Tiphaine Bienvenue.

Du côté syrien, les besoins s’avèrent multiples, à la fois d’ordres alimentaire, médical et matériel. Il sera aussi nécessaire de développer des dispositifs de prise en charge psychologique pour ceux qui ont été témoins des pires atrocités.

Sensibiliser les donateurs

Présent au point presse de Mgr Pascal Gollnisch, André Maillard, chargé de mission à l’Œuvre d’Orient, confirme que la reconstruction va au-delà des maisons et édifices religieux. Il préconise « des programmes de reconstruction de l’être humain avec des formations à la citoyenneté, à la philosophie, à la théologie… » Il admet toutefois que « les donateurs demeurent un peu réticents car il est plus difficile de suivre l’avancée d’une formation de manière concrète ». Il faudra donc les convaincre de rester mobilisés pour permettre aux chrétiens d’Orient de reconstruire un environnement de paix.

Faraj Benoît Camurat en appelle aussi aux dons, déplorant une baisse « de l’ordre de 20 % en 2019 », et insiste sur l’accompagnement du retour des chrétiens à l’emploi. Mais pour lui, sensibilisation ne doit pas rimer avec simplification.

« Il faut sortir de ce concept vague des “chrétiens d’Orient”. Rien qu’en Irak, il y a quatre Églises chrétiennes avec des diversités immenses, souligne Faraj-Benoît Camurat. Nous essayons de garder l’attention de nos donateurs et du public français en incarnant le plus possible cette mobilisation, avec des noms et des visages, pour que les gens puissent se projeter. »


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