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Accord de Malte sur la migration: pourquoi est-il important ?

Article apru sur le site de la chaine RTBF le 23/09/2019 par Myriam Baele

Une tablée, à Malte : cinq ministres de l’intérieur européens se sont retrouvés autour d’une table ce lundi, avec le commissaire européen à la migration.

Et ils sont parvenus à un accord. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Finlande et Malte ont imaginé un mécanisme de répartition des migrants qui arrivent par la Méditerranée.

C’est un mécanisme provisoire et géographiquement limité à la  » Méditerranée centrale « , un texte de surcroît porté par un petit nombre d’états.

Et pourtant c’est un moment important, pour 3 raisons au moins.

La fin des tractations, bateau à l’horizon

Aujourd’hui quand un bateau de sauvetage en Méditerranée apparaît au large des côtes maltaises ou italiennes, les tractations commencent : quel port va lui permettre d’accoster ? Et quel état prendra en charge les migrants à son bord ?

Cette négociation au coup par coup, bateau après bateau, ne devrait plus se produire. Elle a eu lieu en amont : l’Allemagne, la France, Malte, la Finlande et l’Italie ont convenu ce lundi d’un mécanisme de répartition des migrants. L’Italie et Malte seront soutenues face aux arrivées sur leurs côtes. L’Allemagne, la France et la Finlande assumeront une part de l’accueil.

L’image des bateaux de rescapés en attente au large pendant des jours devrait appartenir au passé.

Un embryon d’accord européen ?

Ce qui n’est, ce lundi, qu’une base d’accord à cinq devrait s’étoffer. Les autres états européens seront invités à se joindre au mouvement le 8 octobre prochain et à signer ce mécanisme de répartition. L’appel a été lancé par les cinq de Malte.

L’idée d’imposer à chaque état de l’Union un quota de migrants à accueillir n’est plus à l’ordre du jour : adopté au plus fort de la crise migratoire en 2015, le système a échoué.

Il pourrait cette fois être question de laisser le choix aux états d’accueillir des migrants… Ou bien de soutenir financièrement les pays d’accueil.

Ce pourrait aussi être plus qu’un accord temporaire à portée limitée. Le ministre Français de l’intérieur, Christophe Castaner, dit espérer que ce soit l’amorce d’un accord structurel :

 » Nous travaillons sur un règlement temporaire, sur une zone réduite, la Méditerranée centrale. Mais nous souhaitons une réforme plus ambitieuse de la question du droit d’asile en Europe. Une réforme qui doit permettre d’aider la Grèce, Chypre et l’Espagne, qui doit aider les pays de premier accueil, mais aussi des pays de rebond comme l’Allemagne, la France sont parmi ces pays-là. « 

Si cet accord était effectivement l’amorce d’une telle réforme structurelle, ce serait la résolution d’un conflit de cinq ans qui a pollué, divisé et fragilisé l’Union européenne.

En Italie : une plume au chapeau de Giuseppe Conte

Matteo Salvini n’est plus ministre de l’intérieur en Italie. Mais sa popularité reste très importante et son travail d’opposition s’annonce actif au sein de la Lega, son parti d’extrême droite, en particulier sur les sujets liés à la migration.

Giuseppe Conte, à la tête du nouveau gouvernement de coalition du Mouvement 5 étoiles et du Parti Démocrate, en est conscient.

Il a montré un changement de cap net en rouvrant des ports italiens aux bateaux de sauvetage, puis en rouvrant le dialogue avec l’Union européenne.

Aujourd’hui, il remporte une victoire dans ce bras de fer face à Matteo Salvini en montrant que sa stratégie peut s’avérer payante : en tournant le dos à l’extrême droite et en s’attablant avec l’Union plutôt qu’en lui forçant la main, l’Italie a obtenu le soutien de la France et de l’Allemagne et la perspective d’une solidarité européenne plus large.

Extraits de la déclaration de Christophe Castaner (ministre français de l’Intérieur)


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