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A Aix-la-Chapelle, Guterres plaide pour le multilatéralisme face au désordre géopolitique

Article paru sur le site des Nations Unies le 30/05/2019

A Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a plaidé jeudi en faveur du multilatéralisme pour affronter le désordre géopolitique actuel et les défis mondiaux que constituent le changement climatique, la démographie et les migrations, et l’ère numérique.

M. Guterres s’est exprimé lors d’une cérémonie au cours de laquelle il a reçu le Prix Charlemagne, qui est décerné chaque année depuis 1950 par la ville d’Aix-la-Chapelle à des personnalités remarquables qui se sont engagées pour l’unification européenne.

Le prix porte le nom de l’empereur Charlemagne qui a régné en Europe de 800 à 814. Le Président français Emmanuel Macron a reçu ce prix l’an dernier et la Chancelière allemande Angela Merkel en 2008. Parmi les autres lauréats par le passé, il y a eu l’ancien Président américain Bill Clinton en 2000 et l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill en 1955.

« En tant qu’Européen engagé et Secrétaire général des Nations unies, ce prix a une signification particulière pour moi », a déclaré M. Guterres.

Il a rappelé que « ces projets ambitieux, l’Union européenne et les Nations Unies, ont apporté des avantages sans précédent à nos peuples » mais il a estimé que ce serait être « aveugle de ne pas voir certains revers, sans parler d’une anxiété générale ».

« Jamais les institutions de l’après-guerre et leurs valeurs sous-jacentes n’ont été aussi érodées et mises à l’épreuve. La vérité est que nous avons collectivement considéré trop de choses comme acquises », a déclaré le chef de l’ONU.

« L’Histoire se venge de ceux qui ont prédit sa fin. Les conflits sont devenus plus complexes et plus interdépendants que jamais. Ils produisent des violations horribles du droit international humanitaire et des droits de l’homme », a noté M. Guterres. « Le nombre de gens forcés de fuir leurs foyers est d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ».

« Les principes démocratiques sont assiégés et l’Etat de droit est compromis. Les inégalités sont à la hausse. Les discours de haine, le racisme et la xénophobie alimentent le terrorisme par le biais des médias sociaux », a-t-il ajouté.

Une Europe forte et unie plus nécessaire que jamais

Dans ce contexte, il a estimé que le monde est confronté à trois défis « en cette période de grande anxiété et de désordre géopolitique » : le changement climatique, la démographie et les migrations, et l’ère numérique.

Selon le chef de l’ONU, ces défis aggravent les risques de confrontation et « le multilatéralisme est sous le feu des critiques précisément au moment où nous en avons le plus besoin et quand il n’a jamais été aussi apte à relever ces défis ».

« Si on veut éviter une nouvelle guerre froide, si on veut éviter la confrontation de deux blocs (…), si on veut construire un véritable ordre multilatéral, nous avons absolument besoin d’une Europe forte et unie comme pilier fondamental d’un ordre multilatéral fondé sur l’Etat de droit », a-t-il ajouté. « L’échec de l’Europe serait inévitablement l’échec du multilatéralisme et l’échec d’un monde dans lequel l’Etat de droit peut prévaloir ».

Selon M. Guterres, l’Europe ne peut pas échouer car c’est à la fois un pionnier mais aussi un poste avancé du multilatéralisme et de l’Etat de droit. Il a également estimé que le modèle social européen rappelle que la performance économique doit servir le bien-être social général et une société plus égalitaire.

« Nous sommes en train de passer à un nouvel ordre mondial, avec une destination encore inconnue. C’est pourquoi notre monde semble actuellement chaotique. Mais même si nous nous retrouvons avec un monde multipolaire, ce n’est pas en soi une garantie de paix et de sécurité mutuelles », a souligné le Secrétaire général.

Il a souhaité que l’Europe puisse défendre plus fermement l’agenda multilatéral. « Les Nations Unies ont besoin d’une Europe forte et unie », a-t-il affirmé, estimant en particulier que l’Union européenne doit montrer la voie dans la lutte contre le changement climatique.

S’agissant de l’impact des nouvelles technologies, il a noté que les citoyens européens sont protégés par le cadre réglementaire le plus conséquent en matière de protection de la confidentialité des données.

Quant à la question des migrations, il a rappelé que la culture européenne s’est enrichie tout au long de son histoire par la diversité. « L’Europe ne peut pas être fondée sur le ‘nous’ par opposition à ‘eux’. Faire des migrants des boucs émissaires et fermer nos portes aux demandeurs d’asile ne protègent pas, mais font honte à cet héritage », a déclaré M. Guterres.


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