Jeudi 26 Avril 2018
 

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Conférence Nationale Humanitaire 2016

Dans un monde marqué par la croissance exponentielle des besoins humanitaires, de nombreuses évolutions bouleversent le système humanitaire et laissent présager de profondes mutations dans les années qui viennent.

C’est dans ce contexte que s’est déroulée la Conférence Humanitaire 2016 qui a réuni à Paris plus de 400 participants d’horizons divers,  français mais aussi internationaux le 23 février dernier.

L’accroissement des déplacements forcés de population, l’importance grandissante des acteurs nationaux dans la réponse aux crises et la montée en puissance de certaines thématiques comme le dérèglement climatique ou les instruments innovants de l’aide vont en effet conditionner la réponse humanitaire à plus ou moins long terme.

Ces évolutions imposent de diriger l’action humanitaire vers de nouveaux terrains d’intervention, au travers d’une réponse globale plus efficace et distinguant les crises selon leur nature.

Après une journée de débats et de tables rondes, les experts de la Conférence Humanitaire 2016 ont posé des constats et émis de nouvelles propositions, constituant un préambule pour le premier Sommet Humanitaire mondial les 23 et 24 mai prochain à Istanbul.

Constats et Propositions

Un constat d’une situation très préoccupante quant à la situation de millions de victimes sur la planète et des perspectives d’avenir tout aussi inquiétantes

Cette situation qui est avant tout d’origine politique, notamment pour les crises sécuritaires, appelle alors une réponse qui ne peut être que politique. Ces situations conduisent à une croissance et une complexification des besoins humanitaires.


Une analyse du secteur humanitaire contrastée, avec à la fois de grandes avancées au cours des dernières décennies mais aussi le constat d’un système qui atteint ses limites en termes de capacités

Des avancées positives

  • Le système humanitaire s’est structuré pour mieux faire face à l’évolution des besoins apparus ces 20 dernières années.
  • Les acteurs locaux se sont renforcés, ont gagné en expérience et progressé suite aux crises qui les ont touchés.
  • De nouvelles sources de financement ont émergé à travers la mobilisation du secteur privé, des fondations et des pays émergents, mais aussi grace aux formes de solidarité d’individu à individu, notamment via les diasporas.
  • Enfin, des innovations techniques et technologiques prometteuses ont amélioré certains pans de l’aide et suscitent un intérêt grandissant du secteur privé.

Un système qui atteint ses limites face au changement d’échelle des besoins et aux évolutions des contextes d’intervention

  • La première limite concerne le niveau des financements et les instruments. Le volume de l’aide a été multiplié par 12 depuis 2000 mais un écart d’environ 15 milliards persiste pour couvrir toutes les demandes de financement.
  • La deuxième limite concerne les acteurs eux-mêmes. Il est nécessaire que les acteurs du développement fassent porter des efforts croissant sur le traitement des vulnérabilités.
  • La troisième relève de la coordination et du système humanitaire. Les partenariats avec les acteurs locaux et la relocalisation de l’aide sont au centre des réformes du système humanitaire. Ce dernier est parfois déconnecté des réalités locales.

Des propositions pour la consolidation d’un « écosystème humanitaire diversifié, centré sur les populations et structuré par les principes humanitaires », permettant de mieux répondre aux besoins actuels et de se préparer à relever les défis du futur

Au vue de ces constats et des problématiques soulevées, les acteurs humanitaires français plaident pour l’instauration d’un «écosystème humanitaire diversifié, centré sur les populations, structuré par les principes humanitaires».

Dans cet écosystème, tout doit être fait pour prévenir les crises et mettre fin aux conflits, avec notamment un plus grand engagement politique des États face aux situations de fragilité et de crise. Il doit dépasser le clivage entre les actions de développement et d’urgence humanitaire. Cela implique aussi une meilleure prise en compte du moyen et long terme dans les actions humanitaires

La montée en puissance des acteurs locaux doit être davantage accompagnée, sans naïveté ni dogmatisme, en s’adaptant aux contextes et en prenant en compte les enjeux politiques dans les situations de crise.

Il importe également de mobiliser de nouvelles ressources et d’utiliser au mieux celles disponibles pour répondre à la multiplication des crises.

  • Nouvelles sources de financement ;
  • Recourir à des financements innovants ;
  • Adapter les financements à la complexité des crises et des situations ;
  • Alléger et harmoniser les procédures administratives des bailleurs ;
  • Faciliter l’accès aux financements pour les ONG locales, en les accompagnant pour consolider leur fonctionnement.

->Lire « Les messages clés de la Conférence nationale humanitaire »

->Lire « La problématique de la conférence nationale humanitaire »



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