Le Nonce en Ukraine défend une diplomatie «des petits accords»

Article paru sur le site de radio Vatican le 11/04/2017 

Mgr Claudio Gugerottile nonce apostolique en Ukraine a donné dimanche 9 avril 2017 une conférence de presse à Vinnytsia, dans l’ouest du pays, retranscrite par le site Sismografo.

Un an après un vibrant appel du Pape François et le lancement d’une collecte pour les Ukrainiens, Mgr Gugerotti réfute notamment que le Pape ait oublié la situation du pays. «La manière du Pape d’en parler, c’est d’agir (…) quand il m’a envoyé à Avdiivka pendant les bombardements. Et quand il m’a fait porter 200.000 euros pour les enfants», soutient-il. Le nonce défend une diplomatie vaticane qui n’agit pas en répétant continuellement le même message «à voix haute» mais en aidant «des petits accords de paix, des petites ententes, des petites actions humanitaires, des petits contacts, afin que de ce qui est petit émerge ce qui est grand».

«Pour moi la chose la plus importante est que les gens se rencontrent en tant que personnes, qu’elles s’acceptent comme des personnes et ne regardent pas seulement les lieux de provenance», affirme Mgr Gugerotti. L’action du Pape permet justement de «voir que la personne humaine est la même, au-delà des lignes et des fronts» et que personne n’est coupable «seulement parce qu’il est né d’un côté ou de l’autre». Le nonce déplore ce manque de dialogue symbolisé par la destruction des ponts, qui l’a marqué lors de sa visite des territoires à l’est. «Quand les ponts sont tous détruits, cela veut dire qu’il n’y a plus de communication. Et cela donne un sentiment de grande tristesse», confie-t-il, citant l’exemple du trajet pour Lugansk qui nécessite soit un long détour par Donetsk, soit un passage par la Russie: «ça en dit long».

«Une guerre de division»

Car face à cette politique des petits pas, Mgr Gugerotti dénonce la guerre «de division, de fragmentation» qui se déroule. «La grande victoire de ceux qui n’aiment pas l’Ukraine est de la diviser. Et ils ont d’énormes moyens pour le faire et les moyens les plus importants ne sont pas les armes, mais la propagande. Et c’est de toucher aux sentiments les plus cachés, les plus primitifs de la personne.» Ainsi il est aujourd’hui difficile d’interpréter «ce que les gens ressentent et non pas ce que quelqu’un veut qu’ils ressentent». Le nonce avoue d’ailleurs que sa plus grande difficulté depuis sa nomination il y a un an et demi a été de n’offenser personne par ses prises ou ses absences de parole: «le silence ne fait de bien à personne puisque tout le monde l’interprète». Il a également évoqué sa préoccupation pour les enfants: «Tout comme leur douleur m’attriste, leur futur me fait peur.»

Pourtant Mgr Gugerotti garde espoir. «Il y a des personnes qui n’aiment pas le pays mais la grande majorité n’a aucun ressentiment contre l’Ukraine en tant que telle. Ils ont des idées différentes mais cela ne signifie pas le rejet». Il encourage donc les chrétiens à accepter l’autre et à se demander ce que Jésus ferait à leur place pour avoir le «courage de choix radicaux». Il illustre ce conseil par l’action de 1500 jeunes chrétiens provenant de tout le pays qui ont récemment profité de leurs vacances pour apporter gratuitement leur aide à l’est pour reconstruire les maisons, s’occuper des enfants, remettre les choses en place.


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