Dimanche 18 Novembre 2018
 

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Le paradoxe de l’engagement américain en Afrique

Article paru sur le site de l’IRIS le 27/09/2018 par Jeff Hawkins

« L’Afrique reste un continent à la fois très prometteur et confronté à des challenges importants. »

National Security Strategy of the United States, décembre 2017

« Pourquoi fait-on venir des gens de tous ces pays de merde ? »

Donald Trump, le 11 janvier 2018

Ce n’est peut-être pas un hasard que la petite demi-page consacrée à l’Afrique se trouve tout en bas de la “National Security Strategy” de l’administration Trump. Parmi tous les sujets brûlants de la diplomatie américaine sous le 45e président des États-Unis, les défis de l’Afrique peinent en effet à trouver leur place. Trump et son cabinet semblent, d’une manière générale, très indifférents au continent africain, si ce n’est, le méprisent.

Pourtant, les États-Unis restent très engagés envers l’Afrique sur les questions aussi diverses que la lutte contre le SIDA ou la lutte contre le terrorisme. Le leadership américain y reste essentiel, et le pays continue à y jouer un rôle non négligeable, y dépensant des sommes importantes.

Le président Trump manifeste très peu d’intérêt pour cette région à la fois riche et troublée, contrairement à ses homologues chinois ou français. Il n’a reçu que deux leaders africains à la Maison-Blanche depuis son investiture, le président nigérian en avril et le chef d’état kenyan en août. Il ne s’est pas encore déplacé sur le continent et aucun voyage officiel n’est pour le moment prévu, même si la première dame compte partir en Afrique le mois prochain. Les discours de Trump restent largement muets à ce sujet, sa fameuse référence aux “pays de merde” africains pendant une discussion interne sur l’immigration étant sa plus notable intervention vis-à-vis du continent…

Même passivité chez les chefs de la diplomatie américaine. Si Rex Tillerson a fait un seul déplacement africain, il ne fut pas couronné de succès. Il s’agissait en quelque sorte, d’un “voyage d’excuses” pour réparer plusieurs gaffes, et Tillerson lui-même avait été limogé au cours de ce voyage désastreux. Pour l’heure, son successeur, Mike Pompeo ne s’est toujours pas rendu sur ce continent.

La politique africaine de l’administration Trump, si tant est qu’il y en ait une, a été définie dans un discours que Rex Tillerson a donné à Washington au mois de mars, juste avant son départ pour Addis Abeba. Si Tillerson a parlé des “opportunités” que l’Afrique présentait pour les États-Unis, très peu de nouvelles initiatives furent abordées. Ainsi, l’ancien secrétaire d’État américain s’était plus ou moins contenté de résumer les engagements – à l’instar de PEPFAR, Power Africa, ou d’AGOA – déjà lancés par les administrations précédentes. Au moins, après une vacance de plus d’un an, Mike Pompeo a enfin nommé un diplomate chevronné comme chef du bureau pour l’Afrique au Département d’État.

En dépit de ce manque « trumpien » d’enthousiasme pour l’Afrique, l’engagement des États-Unis sur le continent reste impressionnant. Les États-Unis ont une présence diplomatique permanente dans 50 pays d’Afrique. En 2017, l’assistance américaine non-militaire pour l’Afrique sub-saharienne s’élevait à 12 milliards de dollars (à titre de comparaison, pour la Chine, le montant était autour de 2 milliards), avec une forte emphase sur l’humanitaire et la santé. Les États-Unis y déploient plusieurs milliers de soldats pour combattre l’extrémisme, même si le Pentagone parle actuellement d’en réduire le nombre. Le gouvernement américain finance des opérations onusiennes et africaines de maintien de la paix, promeut la démocratie et la bonne gouvernance, soutient la jeunesse africaine. Le secteur privé joue aussi son rôle. Les échanges commerciaux entre le continent et les États-Unis, par exemple, étaient de l’ordre de $55 milliards en 2017.

Au-delà des chiffres, le leadership américain reste indispensable. Aucun autre pays extérieur – ni la Chine ni la France – n’a les moyens de projeter la force dans les coins reculés d’une région très enclavée ou de fournir une assistance humanitaire massive comme les États-Unis. Aucun autre pays, par exemple, n’aurait été capable de répondre à la crise d’Ebola en 2014, mobilisant 2.4 milliards de dollars et déployant des milliers de médecins, chercheurs et militaires pour aider plusieurs pays à faire face à cet énorme défi sanitaire. Pour l’instant, même l’administration Trump ne remet pas en cause cette capacité et, potentiellement, son usage au besoin.

Ce paradoxe – entre le désintéressement pour l’Afrique des dirigeants américains et l’engagement soutenu sur le terrain – s’explique. Trump est peut-être indifférent. Mais l’establishment américain persiste à croire que les intérêts américains sont servis par l’engagement. Le Congrès américain, même contrôlé par les Républicains, continue à voter des budgets pour l’Afrique. L’USAID et autres agences d’assistance continuent à s’impliquer sur le développement du continent. Le commandement pour l’Afrique (AFRICOM) continue à créer des partenariats régionaux pour contrer des menaces terroristes d’Al-Shabaab et de Boko Haram.

Faute de “high-level engagement”, les relations des États-Unis avec les pays africains peuvent en souffrir, mais à ce stade l’Amérique continue à être un acteur majeur, sinon incontournable, en Afrique.


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