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Incendie de la cathédrale de Nantes: «En finir avec l’ensauvagement du monde»

Article paru sur le site du journale Le Figaro le 10/07/2020 par  Jean-Louis Thiérot

Une cathédrale en flamme, une gendarme assassinée, un chauffeur de bus massacré, un pompier blessé par arme à feu, des tirs d’armes automatiques à Dijon, autant de symptômes d’une même maladie: l’ensauvagement du monde. Il faut bien évidemment demeurer prudent tant que l’enquête pour «incendie volontaire» n’a pas livré ses conclusions, mais il est suffisamment de signes pour éprouver combien le mépris de la loi et de l’ordre est la marque des temps. L’apothéose a sans doute été atteinte lorsque l’ancien ministre de l’intérieur Christophe Castaner a assisté sans réagir à la manifestation pour Adama Traoré, en plein état d’urgence sanitaire, au motif que «l’émotion mondiale qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques».

Tout cela prospère sur une lecture idéologique du monde qui pense que l’homme est né bon et que c’est la société qui le corrompt, pour des raisons socio-économiques ou par le poids d’héritages oppressifs. L’idéologie – «ce qui pense à votre place», pour reprendre le mot de Jean-François Revel dans la Connaissance inutile – oublie que, réduit à l’état de nature, «l’homme est un loup pour l’homme» et que comme chacun devrait le savoir depuis Hobbes, la première justification de l’État qui détient le monopole de la violence légale est d’assurer la sécurité. C’est l’honneur de la culture et de la civilisation d’élever suffisamment l’individu pour que dans l’intérêt du bien commun et de la paix civile, il fasse sienne la phrase de Camus: «Un homme, ça s’empêche.»

Retrouver ce sens du commun pour faire face à l’ennemi intérieur, celui qui déchire le tissu social par la multiplication des actes de délinquance, suppose un quadruple réarmement moral, intellectuel, policier et judiciaire. Moral d’abord: la responsabilité est le corollaire de la liberté. Toute parole publique devrait le marteler. Chacun est responsable de ses actes et de leurs conséquences. C’est un devoir qu’on se doit à soi-même et qu’on doit aux autres. Toute société – dans société, il y a «socius», allié – devrait avoir pour devise l’exigence de Saint-Exupéry dans Pilote de guerre: «Chacun est seul responsable ; chacun est responsable de tous ; chacun est seul responsable de tous.» L’oublier, ce serait faire offense à tous les jeunes des banlieues, des périphéries des campagnes, – et ils sont nombreux – qui malgré des conditions difficiles évitent les chemins tortueux
de la délinquance et prennent toute leur part à l’édification de la famille France.

Pas de civilisations innocentes

Intellectuel: notre pays vit sous le poids de querelles importées d’hier et d’ailleurs. Avec la complicité de certains médias et de politiques qui en font leur miel, les mouvances décolonialistes, indigénistes, communautaristes ne cessent de jeter du sel sur des blessures qui ne demandent qu’à se refermer. Il faut rappeler à temps et à contretemps que les États-Unis ne sont pas la France. Nous n’avons jamais connu la ségrégation raciale qui a existé aux USA jusqu’en 1964. À la même époque la France avait fait de René Marran un prix Goncourt et de Félix Éboué un compagnon de la Libération… Quand à la plus longue histoire, chaque civilisation charrie son lot d’horreur et de clarté. La grande civilisation musulmane a colonisé en un peu plus d’un siècle le Maghreb, l’Asie mineur et l’Espagne jusqu’aux Asturies, sans parler des raids dans l’ensemble du monde méditerranéen. Les grands empires africains, l’empire Songhaï ou l’empire du Mali n’ont été édifiés que par droit de conquête. Le commerce triangulaire n’a été possible qu’avec la complicité des royaumes africains. En 1930, Henry de Monfreid était encore le témoin de marchés aux esclaves dans la Corne de l’Afrique. Et si l’Occident n’a pas inventé l’esclavage, il en a inventé l’abolition. Bref, il n’est pas de civilisations innocentes. Si tous sont coupables, nul ne l’est. Par la connaissance de l’histoire, cessons de nous renvoyer les péchés d’hier, d’opposer les massacres d’Otrante à ceux de Sétif. Passons à autre chose: l’avenir à édifier! Et veillons à ce que l’université et, par voie de capillarité, l’enseignement secondaire ne sèment pas dans les esprits les germes d’une discorde éternelle. L’ADN de la France, c’est l’universel, pas la juxtaposition de communautés dissociées.

Policier: nos forces de l’ordre ont besoin de moyens et d’effectifs. On en est encore loin. Elles doivent être respectées. Si les dérives individuelles – elles existent – méritent d’être impitoyablement sanctionnées, le soutien sans faille du pays doit leur être acquis. De ce point de vue, l’idée de les équiper toutes entières de caméras-piétons est une excellente idée. Outil d’autocontrôle et de preuve, elles permettront de mettre un terme à la récurrente querelle outrage-rébellion et de rendre justice à ceux qui exercent, pour le bien de tous, leur mission régalienne. Judiciaires enfin: c’est sans doute là où nous pêchons le plus. Chaque policier, chaque gendarme porte comme une blessure les nombreuses affaires non traitées. Décisions trop lentes, sanctions inadaptées, classement sans suite faute de temps, parfois préjugés idéologiques encore sous l’influence de la harangue de Baudot – du nom de ce juge d’instruction qui en 1974 avait lancé «Soyez partiaux (…) ayez un préjugé favorable (…) pour le voleur contre la police»-, la justice est l’homme malade de notre sécurité collective. Il lui faut davantage de moyens – la France ne dépense que 72 euros par habitants pour son système judiciaire contre 146 en Allemagne. Il lui faut d’urgence les 15.000 places de prisons promises par le président Macron et dont pas une n’est sortie de terre. Enfin, pourquoi ne pas envisager une publication anonymisée des sanctions prononcées sur la base des transmissions au parquet par
les forces de l’ordre afin que chaque Français puisse se faire une idée de l’efficacité réelle de la chaîne pénale?

Ce réarmement s’impose d’autant plus que l’ensauvagement n’est pas une fatalité. C’est largement une maladie française. Les autres pays européens font beaucoup mieux. Les statistiques Eurostat – peu suspectes de manipulation – sont cruelles pour notre pays. Homicides: France, 1,3 pour 100.000 habitants ; Allemagne, 0,8 ; Italie 0,6. Agressions: France, 363 ; Allemagne, 170 ; Italie, 105. Cambriolages: France, 2069 ; Allemagne, 1570 ; Italie, 1867.

Le nouveau gouvernement sera jugé sur sa capacité à rétablir l’ordre.

Nul ne peut prétendre que ce sera facile et rapide. On part de si loin. Mais c’est une ardente nécessité, car le désordre crée avant tout l’injustice. C’est la loi du plus fort, du plus malin, du caïd, du mafieux, du clan. Le contraire de notre pacte civique où la vocation de la loi est de protéger le faible, le fragile, le vulnérable, raison d’être de tout ce qui fonde une civilisation digne de ce nom!


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