«Droit d’asile, droit des peuples»

Editorial publié sur le site du journal Le Figaro le 31/03/2019 par Vincent Tremolet de Villers

«J’étais un étranger et vous m’avez accueilli.» La fin de l’Évangile de saint Matthieu consacre la tradition d’accueil du naufragé que l’on trouve déjà chez Homère. Ce droit d’asile qui caractérise notre civilisation, de discours en pactes internationaux, est en train de changer de nature. Hier il engageait à ouvrir les portes de la cité pour faire entrer celui qui souffre, aujourd’hui il promeut la destruction de ces mêmes portes et des murs qui les entourent pour qu’entrent tous ceux qui le souhaitent: «Faites comme chez vous», «venez comme vous êtes».

En appelant à «l’élargissement des canaux migratoires réguliers», en fustigeant «les barrières», en promouvant «des villes accueillantes, plurielles et attentives aux processus interculturels, des villes capables de valoriser la richesse des différences dans la rencontre de l’autre», le Pape reprend l’esprit et parfois la lettre du pacte de Marrakech: ajouter au droit d’asile un droit fondamental à la migration. Il donne au livre de Mathieu Bock-Côté Le Multiculturalisme comme religion politique une dimension prophétique. Ce n’est pourtant pas être obtus, recroquevillé, égoïste que de mesurer les déséquilibres impressionnants que provoque le grand déménagement du monde. Les pays d’Afrique subissent l’hémorragie de ceux qui pourraient constituer leur classe moyenne, les passeurs s’enrichissent sur ces drames humains, la Méditerranée est un cimetière, les pays d’accueil ne savent plus comment intégrer ces nouvelles populations.

L’Europe n’est pas une vieille châtelaine qui prend le thé dans son domaine propret, c’est un continent fracturé où, de Rotterdam à Bari, se dessine à bas bruit une véritable partition. Enfin comment ce droit d’asile pourrait-il subsister si les peuples qui le dispensent sont privés d’un droit à la continuité? La richesse des nations n’est pas seulement matérielle, elle est spirituelle: coutumes, art de vivre, religion, langue, littérature… Toutes choses qui se disloquent dans nos sociétés diversitaires. «Le monde est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles», nous avait prévenus Chesterton. Ainsi soit-il.


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