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Tedros Adhanom, premier Africain à la tête de l’OMS

Article paru sur le site du journal Le Temps le 23/05/2017 par Stéphane Bussard

Le candidat éthiopien, soutenu par tout un continent, a largement remporté l’élection à la direction générale face au Britannique David Nabarro et à la Pakistanaise Sania Nishtar. Les défis qui l’attendent ne manquent pas.

La campagne fut intense et de plus en plus acrimonieuse. Après un marathon de près de deux ans, l’Assemblée mondiale de la santé a tranché. Mardi à Genève, elle a élu au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, 52 ans. Aucun Africain n’avait jusqu’ici accédé à cette fonction. Il succède à la Chinoise Margaret Chan qui a dirigé l’OMS depuis 2006. Il était opposé au Britannique David Nabarro et à la Pakistanaise Sania Nishtar. Au troisième tour, il a glané 133 votes contre 50 pour son rival britannique. Il entrera en fonction le 1er juillet pour un mandat de cinq ans.

Un soutien massif de l’Union africaine

A la sortie de la salle des Assemblées, les représentants africains exultent. L’ambassadeur d’Ethiopie auprès des Nations unies Negash Kebret Botora se confie: «Je suis submergé de joie. C’est historique pour mon pays, pour l’Afrique et pour les pays du Sud.» Conseiller fédéral en charge de la Santé, Alain Berset était à Genève en début d’après-midi. Il livre sa réaction: «Comme Etat hôte, nous nous réjouissons de travailler étroitement avec le nouveau directeur général. Nous attendons de lui qu’il contribue au renforcement de l’OMS dans son rôle normatif, s’engage pour une efficacité optimale pour faire face aux urgences humanitaires et sanitaires qui touchent régulièrement la planète.» Le lauréat a eu ses mots envers ses deux rivaux: «Le monde a besoin de nous trois. J’espère pouvoir collaborer avec vous.»

Pour la première fois depuis la création de l’OMS en 1948, l’élection n’était pas réservée aux seuls 34 membres du Conseil exécutif de l’organisation, souvent dominé par les grandes puissances (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Allemagne et Japon). Ce sont en effet les 185 Etats membres sur 194 autorisées à voter (cinq Etats membres ont été privés de vote en raison de contributions obligatoires non payées) qui ont choisi une nouvelle direction. Tedros Adhanom a bénéficié du soutien massif de l’Union africaine et de ses 54 Etats membres, mais aussi de la Chine, du Brésil voire de plusieurs pays européens. Si l’administration de Barack Obama était favorable à l’Ethiopien, celle de Donald Trump semblait clairement derrière le Britannique David Nabarro.

Rétablir la confiance

Cette élection intervient à un moment critique pour l’OMS. Souffrant d’un sous-financement chronique, les contributions obligatoires des Etats membres ne représentant que 19% de son budget, elle doit faire face à des défis considérables. Le premier consistera à rétablir la confiance érodée par la mauvaise gestion de la crise Ebola qui a fait plus de 11 000 morts en Afrique de l’Ouest à partir de 2014. Elle devra affirmer davantage son autorité dans un paysage de la santé qui comprend à l’échelle mondiale près de 175 organisations différentes, privées et publiques.


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