Lundi 11 Décembre 2017
 

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Le rétablissement et la reconstruction post-traumatiques des biens culturels du patrimoine mondial

Guide publié par l’ICOMOS le 23/03/2017

Ce document a été préparé en réponse à la demande d’orientation sur la reconstruction exprimée dans la décision 40 COM7 du Comité du patrimoine mondial à la 39e session à Bonn, en Allemagne. Il a été élaboré dans le cadre d’un colloque international sur la reconstruction tenu au siège de l’ICOMOS à Paris en septembre 2016 et sponsorisé par l’université de Kyushu (Japon).

Une vingtaine de participants d’horizons géographiques et professionnels variés ont participé au colloque. Les commentaires de plusieurs Comités nationaux de l’ICOMOS et de nos collègues de l’UNESCO, dont certains ont participé au colloque, ont été intégrés au document.

Il devrait être considéré comme la version 2017 d’un document de travail qui sera testé, révisé et affiné à travers l’expérience et la réflexion.

Le contexte

La publication de ce document s’inscrit dans un contexte marqué par l’ampleur, la récurrence et la nature
des récents événements liés aux catastrophes. Ces pertes dramatiques, dues tant à des processus naturels
qu’à l’action humaine, ont mis en évidence la vulnérabilité de notre patrimoine culturel – patrimoine dont les
attributs de certains sites ont une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE) – contribuant ainsi à une prise
de conscience et un engagement de l’ensemble de la communauté internationale dans un objectif commun :
préserver et transmettre le patrimoine aux générations futures. L’ampleur des catastrophes naturelles, telles
que celles qui ont affecté le Népal, Cuba ou l’Italie, et les destructions, intentionnelles ou non, causées par
les conflits armés sur des sites en Syrie, en Irak, au Yémen, en ex-Yougoslavie ou au Mali, pour ne citer que
ceux-là, constituent, tout autant que leur rétablissement ou leur éventuelle restauration, un défi sans
précédent.

Les actions de conservation peuvent concerner des biens partiellement détruits, mais les évènements
peuvent aussi avoir affecté des zones s’étendant bien au-delà des zones protégées par leur inscription au
patrimoine mondial. Dans tous les cas, le devoir de transmission subsiste et met particulièrement en
évidence la multiplicité des problèmes de reconstruction, notamment dans les biens du patrimoine mondial
meurtris : le problème s’avère d’autant plus ardu lorsqu’ils comprennent des zones habitées ou des valeurs
portées par les populations locales. Dans un tel contexte, le statut de la reconstruction du patrimoine, au
sein du cadre plus large du nécessaire ‘rétablissement’ post-catastrophe, s’élabore à partir de l’expérience
accumulée à travers l’action et la réflexion.

Reconstruction du patrimoine culturel

Le discours sur la protection du patrimoine a longtemps inscrit la reconstruction dans le cadre de la
restauration. Au cœur du débat et de la pratique, le souci était d’empêcher la disparition, tout en évitant
dégradation et pastiche. Il est intéressant de noter que les énoncés des principes de conservation se sont
développés à partir de réflexions sur l’expérience et la modélisation prédictive des besoins sociétaux. Les
auteurs de la Charte de Venise de 1964 ont ressenti le besoin urgent d’une nouvelle évaluation des
principes et des approches énoncés à Athènes en 1931 (Charte d’Athènes pour la Restauration des
monuments historiques). Cette première Charte, qui traitait de la destruction et la dégradation des
monuments, ne pouvait cependant anticiper l’ampleur des destructions et de la reconstruction occasionnées
par la Seconde Guerre mondiale. De même, au fur et à mesure que la restauration s’intensifiait, il a fallu
aborder l’impact de la rénovation sur les centres historiques, définir les éléments essentiels et significatifs de
l’intervention, ainsi que son fondement éthique. La Charte sur la préservation urbaine a été adoptée en tant
que Charte de Washington en 1987 (Charte pour la Conservation des villes historiques et des zones
urbaines), suivie du Mémorandum de Vienne en 2005 et, plus récemment, s’est inscrite dans les Principes
de La Valette de 20111
.
La réflexion est toujours en cours et la communauté mondiale se trouve aujourd’hui confrontée à une tâche
équivalente : comment aborder les défis multidimensionnels actuels, compte tenu d’une appréhension des
patrimoines culturels à travers la diversité des civilisations telle qu’introduite dans le Document de Nara de
1994 (Document de Nara sur l’Authenticité). Il est désormais évident que le rétablissement après destruction
ne saurait être conçu comme une action ou un programme isolés, mais qu’il implique des processus et des
engagements à long terme où population, autorités locales et organismes internationaux jouent un rôle
essentiel.

La réflexion et les approfondissements ultérieurs n’ont cessés d’y apporter de nouvelles avancées. C’est
ainsi que la participation des habitants qui contribuent à faire vivre ce patrimoine au quotidien, alors qu’elle
n’était que rapidement évoquée dans la Charte d’Athènes, a été considérée comme importante dans la
Charte de Venise, puis vivement encouragée dans la Charte de Washington. La compréhension de la forte
interpénétration entre patrimoines culturels matériel et immatériel, en particulier dans les espaces culturels
habités, souligne la nécessité d’un changement d’approche, afin que la reconstruction soit appréhendée
comme une suite de processus, avec une forte priorité donnée au développement durable et à l’engagement
des populations locales. Ces considérations doivent s’appliquer à tout cadre d’action visant à la
reconstruction post-traumatique.

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