Mercredi 22 Novembre 2017
 

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Humanistanbul : sommet humanitaire mondial

Malgré le choc et l’indignation ressentis dans le monde entier, il semble que la mort tragique du petit Aylan Kurdi l’été dernier n’ait changé que peu de choses.

C’est un constat triste et indigné sur la marche de notre humanité collective, si un tel concept représente encore quelque chose.

Le pouvoir des images et des réseaux sociaux, si efficace pour la promotion des célébrités, semble avoir échoué dans la mobilisation de l’aide en faveur des plus démunis. En effet, depuis la mort d’Aylan, il y a six mois, un nombre considérable d’innocents – hommes, femmes et enfants – ont trouvé la mort ; des morts qui auraient pu parfaitement être évitées.

Il est vrai que le monde est confronté à des crises humanitaires majeures, sans commune mesure avec les crises survenues depuis la dernière Guerre mondiale, mais cela ne peut en aucun cas excuser l’indifférence constatée dans le monde actuel.

Si de grandes catastrophes naturelles continuent à causer la mort et le déplacement d’un nombre important de personnes, il faut avouer que la grande majorité des crises humanitaires est due à des conflits récurrents et prolongés. Cela est le plus flagrant en Syrie où un meurtrier en masse a pu, avec des aides extérieures, cibler son propre peuple sans discrimination et en toute impunité.

Au-delà de la Syrie, que ce soit au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique ou ailleurs, les crises humanitaires traversent les frontières. Aujourd’hui, dans le monde, 125 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire. Le nombre de personnes déplacées, 60 millions, a presque doublé en une décennie. Ces chiffres traduisent l’ampleur de la souffrance humaine due à la complexité croissante des crises humanitaires et à notre incapacité et à notre manque de volonté à les affronter ; c’est également la conséquence de l’écart financier de plus en plus grand entre les besoins croissants et les ressources limitées.

Le monde doit agir et la Turquie ouvre la voie, non seulement pour servir d’exemple, mais aussi en vue de pousser la communauté internationale à l’action.
Important pourvoyeur d’aide humanitaire, la Turquie accueille aussi le plus grand nombre de réfugiés au monde, soit 3 millions de personnes (ce nombre est toujours en augmentation). Cela est essentiellement dû à la guerre en Syrie. Fournir un toit et des services vitaux tels que les soins médicaux gratuits, l’éducation et la formation professionnelle à ces réfugiés représente une lourde charge financière que la Turquie assume seule en grande partie.

Mais notre diplomatie humanitaire ne se limite pas à notre voisinage immédiat. Ayant accueilli depuis le XVe siècle des personnes vulnérables sans distinction de race, de religion ou d’ethnie, la Turquie prend de nos jours une part active dans la résolution des crises humanitaires comme en Haïti, au Népal, en Guinée, en Somalie, au Sahel ou en Indonésie. Notre appui humanitaire vise non seulement à soulager les symptômes mais aussi à traiter les maladies. Cette approche globale assure à la fois l’aide humanitaire et l’aide au développement et cherche aussi à aborder les causes profondes et les facteurs à l’origine des crises humanitaires. C’est au Sahel et en Somalie que cette approche, axée sur la demande, peut être la mieux perçue. La Turquie y a poursuivi une politique intégrée, menée en coordonnant l’action de différents intervenants. Elle a combiné l’aide officielle avec la participation active du secteur privé et de la société civile. Cela a permis d’améliorer de façon impressionnante la vie d’innombrables personnes.

Si des efforts particuliers comme ceux fournis par la Turquie sont essentiels, le système humanitaire international manque de fonds disponibles et l’horloge tourne en sens inverse pour les personnes touchées par les multiples crises que connaît le monde actuel. Il y a trop de vies en jeu et l’inaction n’est pas une option.
En cette période critique, Istanbul accueillera le premier sommet humanitaire mondial de l’Onu les 23 et 24 mai 2016. Le choix de la Turquie comme pays hôte ne relève pas d’un hasard mais c’est une reconnaissance légitime des réussites de la diplomatie humanitaire que nous avons menée.

Le Sommet humanitaire mondial sera une occasion essentielle pour aborder les défis qui pèsent sur le système humanitaire. En plus de la réponse à donner aux crises et aux vagues de déplacements récurrents et prolongés, d’autres questions urgentes seront examinées, comme assurer un financement humanitaire durable, fiable et prévisible. Le sommet abordera également la question des méthodes novatrices à mettre en œuvre afin de promouvoir des aides humanitaires localisées à travers des approches plus appropriées et partagées, il traitera aussi les thèmes de la dignité et de la sécurité de l’action humanitaire.

Le Sommet humanitaire mondial sera l’occasion pour toutes les nations du monde et pour leurs dirigeants de prendre des décisions au profit des millions de personnes qui sont entre la vie et la mort. Je me souviens quand j’ai vu pour la première fois l’image d’Aylan. Je me souviens de la douleur écrasante ressentie en pensant qu’il était seul et sans protection. C’était un petit enfant innocent. Je voudrais croire que nous avons appris quelque chose de cette image et que nous n’aurons plus besoin de telles images pour agir.

Nous sommes tous responsables de ce qui arrivera à ces personnes vulnérables qui attendent notre secours. Istanbul sera l’occasion pour assumer cette responsabilité. Nous faisons appel à tous les dirigeants du monde et nous les invitons à venir à Istanbul pour participer au Sommet humanitaire de l’Onu et à travailler avec nous afin de trouver ensemble des solutions pour ceux qui attendent désespérément l’aide humanitaire.

Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères

Article paru sur le site L’Orient- Le Jour


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