Mercredi 13 Décembre 2017
 

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Bernard Tardieu, le climat : sciences, diplomatie et solidarité

Article paru sur le site academie-technologies le 02/05/2017

Ce livre traite de stratégie et de diplomatie. Comment rendre compte du changement fondamental introduit par le climat dans la géopolitique mondiale ?

La géopolitique est depuis longtemps structurée par les rapports de force dans le contrôle de l’approvisionnement en ressources énergétiques fossiles. L’énergie fossile est devenue l’épine dorsale du système mondial. Le souci du climat discrédite progressivement les ressources fossiles et modifie les rapports de force associées à la possession et au contrôle de ces ressources. Peut-être n’épuiserons-nous pas les ressources fossiles de notre planète, ou bien dans très longtemps.

Comment cette évolution s’est-elle produite dans les esprits des habitants de la terre et quelles en sont ses conséquences ?

Le premier chapitre expose la progression des engagements pris par les pays (les parties) qui font partie de la Conference of the Parties, la COP et la manière dont cette progression est accompagnée ou précédée par des changements structurantsdu prix des matières premières énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz principalement).

Le deuxième chapitre présente l’expérience énergétique de l’Union européenne, la nôtre donc, depuis que l’Union existe. L’énergie a toujours été structurante pour l’Union et les contrastes qui existent entre les États membres pour la productiond’électricité (charbon et nucléaire en particulier) témoignent du poids de l’histoire.

Le troisième chapitre illustre les conséquences du changement climatique en cours sur une grandeur extrêmement sensible pour de nombreuses zones de peuplement, le niveau de la mer.

Le quatrième chapitre analyse la question du prix à donner au carbone fossile pour pénaliser les émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce prix a aussi pour objectif de provoquer le consentement à payer pour assumer les conséquences des émissions dont on est directement ou indirectement responsable et, en même temps, de financer le développement d’industries et de technologies moins émettrices de GES.

Le cinquième chapitre traite de l’évolution des ressources en eau associées au changement climatique. Dans beaucoup de pays, l’eau est une préoccupation majeure. La stratégie de mobilisation et de gestion de l’eau doit-elle évoluer et comment ?Les infrastructures de l’eau doivent-elles être modifiées ? Comment traverser les périodes de sécheresse ? Ces questions sont à la fois technologiques et hautement politiques.

Les sixième et septième chapitres concernent le méthane. Si la transformation du carbone fossile contenu dans le charbon, le pétrole et le gaz naturel en dioxyde de carbone est facile à comprendre et à évaluer, le rôle du méthane est beaucoup plus difficile à comprendre. Or il est généré de multiples façons par la nature et par l’action des hommes. Le méthane est un gaz à effet de serre très puissant, mais sa durée de vie est courte, contrairement au dioxyde de carbone dont la durée de vie est longue, avec des effets cumulatifs. Il faut essayer de comprendre le méthane, c’est-à-dire les sources et les puits de méthane et s’en méfier.

Le huitième chapitre présente les techniques de géo-ingéniérie climatique. La géo-ingéniérie analyse la plupart des méthodes d’atténuation de l’effet de serre par des actions « interventionnistes » dans l’atmosphère, dans l’océan ou à la surface de la terre. Cette approche intéressante à explorer a priori, ne laisse pas beaucoup d’espoir à ceux qui préféreraient ne rien faire pour limiter les émissions de GES dans l’attente qu’une solution artificielle résolve les problèmes le moment venu.

La postface décrit le déroulement de la COP 21 au Bourget, comme une expérience vécue. Il analyse les principes d’élaboration des textes, la manière dont les oppositions et les postures ont progressivement été résorbées jusqu’à la présentation finale du samedi 12 décembre, avec seulement une demi-journée de retard, et beaucoup de nuits de négociations. Il analyse l’accord de Paris et du document qui l’introduit.

Le dernier chapitre résume l’année 2016 qui fut l’année de la réception à l’ONU (New York) des signatures de l’accord de Paris, du dépôt des contributions nationale (INDC) et l’année de la tenue de la COP 22 à Marrakech. Il montre l’organisation particulière de l’Europe au sein du schéma planétaire et la répartition de l’effort de réduction des émissions entre les États membres de La Communauté européenne.

L’annexe présente le Giec, groupe d’experts international sur l’évolution du climat, créé en 1988. Cette démarche d’expertise collective planétaire est une première mondiale. Le projet de constituer une sorte de « gros cerveau collectif » pour traiter de tous les aspects du climat était très ambitieux. Malgré les critiques, parfois justifiées, le résultat est un grand succès scientifique et diplomatique.


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Bernard Tardieu est président de la Commission « Énergie et changement climatique » de l’Académie des technologies. Il est expert international dans le domaine de l’hydroélectricité, des barrages, des canaux et du génie civil des centrales nucléaires.

Jusqu’à Février 2008, il était président directeur général de Coyne et Bellier-Tractebel Engineering, société de GDF-Suez (maintenant ENGIE). Il en est président d’honneur. Au sein de cette société, puis à sa tête, il a consacré sa vie professionnelle à développer des grands projets dans le domaine de l’eau et de l’énergie hydroélectrique, dans une cinquantaine de pays. Il a promu la recherche théorique (modélisation statique et dynamique, poroplasticité, modélisation des géomatériaux) et pratique à l’occasion des expertises, des chantiers et de l’auscultation des barrages.

Il a été vice-président de la Commission internationale des grands barrages, président du Comité français des barrages et réservoirs, vice-président du Comité d’orientation de la recherche en génie civil (1985-1995), membre du Conseil scientifique d’Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture). Il est membre du Comité technique permanent des barrages et ouvrages hydrauliques, membre du Conseil scientifique d’EDF, de l’ENPC, et du CHNC, président du conseil scientifique et technique « ouvrages » du Canal Seine Nord Europe-Voies navigables de France. Il a publié de nombreux articles scientifiques et participé à de nombreux jury de thèse.

 


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