Douze sites chrétiens japonais inscrits au patrimoine de l’humanité

Article paru sur le site internet du journal La Croix le 08/10/2018 par Claire Lesegretain

Les Missions étrangères de Paris (MEP) ont célébré le 5 octobre la décision de l’Unesco d’inscrire douze sites de « chrétiens cachés » de la région de Nagasaki au patrimoine mondial de l’humanité. Ces lieux sont liés aux persécutions de chrétiens durant l’ère Edo (1603-1867).

Takio Yamada, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et délégué permanent du Japon auprès de l’Unesco, a salué vendredi 5 octobre la décision de l’Unesco d’inscrire douze sites chrétiens japonais à la Liste du patrimoine mondial de l’humanité.

« Ces douze sites, inscrits en juin dernier au patrimoine mondial de l’humanité, sont les témoins les plus anciens des activités des missionnaires catholiques au Japon entre le XVIIe et le XIXe siècle », a-t-il rappelé devant une centaine d’invités et de membres des Missions étrangères de Paris (MEP). « Ils témoignent de la manière dont la foi chrétienne a été transmise en secret pendant 250 ans. »

Après l’arrivée du missionnaire jésuite François-Xavier

Ces sites sont tous situés dans la région de Nagasaki, sur l’île de Kyushu, elle-même située au sud de l’archipel nippon. Cette partie du Japon a toujours servi de tête de pont pour le commerce et les échanges. Et c’est là que les missionnaires catholiques se sont implantés, après l’arrivée de saint François-Xavier à Kagoshima en 1549.

« En quelques centaines d’années, plusieurs milliers de Japonais furent baptisés et donnèrent naissance à des communautés fermement enracinées », a rappelé le 5 octobre le père Gilles Reithinger, supérieur général des Missions étrangères de Paris (MEP). Ces chrétiens étaient appelés « kirishitan », d’après le mot portugais « christao ».

Mais moins d’un demi-siècle après l’évangélisation du Japon, commencèrent de terribles persécutions antichrétiennes, dont le récent film « Silence » de Martin Scorsese a bien rendu compte. Un premier édit expulsa les missionnaires en 1614. Et à partir de 1637, le catholicisme fut totalement interdit dans le pays : les églises furent détruites et le dernier missionnaire fut martyrisé en 1644.

Des pratiques religieuses sous couvert de vénération de lieux sacrés

Les catholiques japonais n’eurent alors d’autres moyens pour maintenir leur foi que d’adopter la clandestinité. Et souvent en émigrant de l’intérieur du Japon vers des îles les plus éloignées, telle celle de Kyushu. D’ailleurs, au fil des ans, toutes les communautés de chrétiens cachés disparurent au Japon, à l’exception de celles de la région de Nagasaki. Là, les fidèles cultivèrent des pratiques religieuses spécifiques, sous couvert de vénération de lieux sacrés.

Par exemple, les chrétiens du village de Jirado vénéraient une montagne. À Sakitsu et Almasuka, ils avaient remplacé les objets du culte catholique par des ustensiles de la vie courante. À Shitsu et Sotome, ils ont poursuivi les pratiques religieuses sur la base du calendrier liturgique et du catéchisme. À Ono, ils avaient associé leur foi aux pratiques du shintoïsme…

Dix villages, un château et une cathédrale

Ce sont donc dix villages qui ont été reconnus par l’Unesco : Kasuga (et l’île de Nakaenoshima), Sakitsu, Shitsu, Ono, ainsi que les villages des îles de Kuroshima, de Nozaki, de Kashiragashima, de Hisaka et de Naru.

À ces dix villages, s’ajoutent les vestiges du château de Hara où les catholiques se révoltèrent en 1637 contre la tyrannie des gouverneurs de province. Cette rébellion poussa le pouvoir à adopter une politique nationale de fermeture aux navires portugais, pour éviter toute entrée clandestine de missionnaires.

Les descendants des survivants de 250 ans de persécutions antichrétiennes

S’ajoute également la cathédrale d’Oura, première église reconstruite officiellement à Nagasaki après l’autorisation du christianisme, avec la fin de l’isolationnisme et l’ouverture forcée du Japon en 1854. C’est dans cette cathédrale qu’eut lieu, en 1865, un événement important, que l’on a appelé « la découverte des chrétiens cachés ».

Ces derniers étaient venus d’Urakami, le 17 mars 1865, se faire reconnaître par le père Bernard Petitjean, de la Société des Missions étrangères de Paris, installé depuis peu à Nagasaki. Ils étaient les descendants des survivants des persécutions antichrétiennes qui avaient duré 250 ans.

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