Au Qatar, Guterres souligne que la « coopération internationale fonctionne »

Article paru sur le site des Nations Unies le 16/12/2018

Au Forum de Doha, au Qatar, le chef de l’ONU a livré un plaidoyer pour le multilatéralisme, la coopération internationale et le dialogue tout en reconnaissant que les craintes des peuples et les défis auxquels ils sont confrontés doivent être pris en compte.

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres a conclu dimanche au Qatar un marathon diplomatique d’une semaine qui l’a mené dans quatre villes différentes sur les enjeux des migrations, de l’action climatique, de la paix au Yémen et du dialogue international.

« Le dialogue est peut-être la ressource la plus précieuse – et de plus en plus rare – de notre monde aujourd’hui », a dit M. Guterres au dernier jour du Forum de Doha.

Lundi, le Secrétaire général a entamé une semaine intense de déplacements à Marrakech, au Maroc, où plus de 160 Etats ont adopté le Pacte mondial pour les migrations. Puis il est revenu à deux reprises – mercredi et vendredi – à la COP24 à Katowice, en Pologne, où la communauté internationale a adopté samedi les règles d’application de l’Accord de Paris sur le climat. Entre ces deux missions en Pologne, le chef de l’ONU a effectué un aller-retour jeudi à Stockholm, en Suède où les parties yéménites sont parvenues à un accord de cessez-le-feu sur la ville portuaire d’Hodeïda.

« Chacune de ces journées souligne une réalité fondamentale du monde d’aujourd’hui (…) nous sommes confrontés à d’énormes défis qui ne peuvent être résolus par aucun pays seul », a souligné M. Guterres à Doha.

Changement climatique, migrations et réfugiés, multiplication des conflits interconnectés et en lien avec le terrorisme et la criminalité; impacts des nouvelles technologies. « La liste continue », a dit le Secrétaire général pour qui deux évidences s’imposent. « Premièrement, plus que jamais, nous avons besoin de réponses mondiales aux défis mondiaux », a-t-il dit. « Deuxièmement, plus que jamais, le multilatéralisme et la coopération internationale sont sous le feu des critiques ».

Résoudre l’énorme déficit de confiance

Le multilatéralisme est remis en question précisément au moment où nous en avons le plus besoin, a dit à Doha le chef de l’ONU qui voit dans ce paradoxe un « énorme déficit de confiance ».

« Le monde est plus connecté, mais les sociétés sont de plus en plus fragmentées. Les défis se développent, alors que beaucoup de gens se tournent vers l’intérieur », a-t-il déploré.

Pour le chef de l’ONU, ce déficit de confiance est notable à plusieurs niveaux. « Confiance entre les gens et les institutions politiques. Confiance entre les pays. Confiance dans les organisations internationales, à savoir l’ONU elle-même », a-t-il dit. « Et beaucoup profitent de cette aliénation et de cette méfiance », en référence aux mouvements populistes qui exploitent ce déficit de confiance et répandent des intox.

« La marque la plus vendue dans notre monde aujourd’hui s’appelle la peur. Elle prend de la cote. Elle gagne des votes. Elle génère des clics », a dit M. Guterres

Inégalités croissantes, stagnation ou baisse des revenus, escalade des différends commerciaux; dette croissante. Autant de maux qui alimentent « un sous-courant de tensions géopolitiques » qui augmentant la pression sur l’économie mondiale et sapent la stabilité et la cohésion sociale dans de nombreux pays du monde.

« Les gens s’interrogent à juste titre sur un monde où une poignée de personnes – principalement des hommes – possèdent la même (quantité de) richesse que la moitié de l’humanité », a dit le Secrétaire général. Un constat qui selon lui appelle à œuvrer pour une mondialisation équitable.

« Nous avons le plan pour cette mondialisation équitable : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 approuvé par tous les pays du monde », a-t-il rappelé.

Pour António Guterres, Il est essentiel que les Etats oeuvrent à la création d’une architecture multipolaire afin d’établir des facteurs d’équilibre diminuant les risques de confrontation, tout en rétablissant un système de gouvernance multilatérale et un ordre fondé sur des règles, l’état de droit et le respect des droits de l’homme.

« C’est le genre de monde dont nous avons besoin au XXIe siècle – un système international pleinement capable de répondre aux problèmes mondiaux par des solutions mondiales », a-t-il dit.

A cet égard, le Secrétaire général a souligné que la capacité à prévenir les conflits est plus importante que jamais, insistant pour un renforcement de la diplomatie, mais aussi de la prévention et du maintien de la paix qui « doivent être nos principaux instruments communs ».

Faire de la technologie « une force pour le bien »

Si les avancées technologiques ont changé la vie de millions de personnes pour le mieux, elles comportent aussi des risques, a prévenu le chef de l’ONU, en référence aux possibles dérapages de la génétique, à l’utilisation d’Internet par les terroristes et les réseaux criminels internationaux.

Soulignant que l’intelligence artificielle aidera à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) et permettra de créer de la richesse pour tous, M. Guterres a également anticipé sur les bouleversements qu’elle engendrera sur le marché du travail. « Il y aura une énorme quantité d’emplois créés et ensuite énormément d’emplois détruits. Et ils ne seront pas les mêmes et il sera très difficile de recycler les gens », a-t-il dit, soulignant que la nature et le concept même de travail est en train de changer et va changer radicalement.

« Nous ne sommes pas préparés à cela et, surtout dans le monde, nous ne nous préparons pas à cela », a alerté le chef de l’ONU qui a appel à à investir massivement dans une éducation, « non pas pour apprendre à faire des choses, mais pour apprendre à apprendre » face aux mutations des emplois à venir et qui ne sont même pas envisageables aujourd’hui.

« Nous ne faisons tout simplement pas assez pour nous préparer à ce défi », a dit M. Guterres, appelant à ce que la technologie soit « une force pour le bien ». Il a ainsi souligné la nécessité de mettre en place de nouvelles formes de soutien et de filets de sécurité pour les personnes qui auront des difficultés à s’adapter. Selon lui, les gouvernements, les sociétés civiles et tout les acteurs doivent faire en sorte que les impacts de l’évolution technologique sur l’avenir des sociétés soient pleinement pris en compte.

Malgré cette époque « de chaos et de confusion », António Guterres voit un « vent d’espoir » dans le monde entier, citant les accords de paix conclu dans la Corne de l’Afrique et au Soudan du Sud, les initiatives en faveur de la paix dans la péninsule coréenne, les engagements pour la paix en Colombie, l’achèvement réussi des missions de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique de l’Ouest et l’espoir suscité par les pourparlers de Stockholm sur le Yémen.

« Et des centaines de millions de personnes, disons-le clairement, ont été sorties de l’extrême pauvreté à travers le monde au cours des trois dernières décennies »,

« Lorsque nous travaillons ensemble, nous pouvons réaliser de grandes choses pour le bien de tous », a souligné M. Guterres. « La coopération internationale fonctionne ». Une coopération qui, selon lui, n’a jamais été aussi essentielle pour rétablir la confiance brisée et préserver la dignité de chacun.

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