Mercredi 17 Octobre 2018
 

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Sud-Soudan : de la pénurie alimentaire à la famine

Au Sud-Soudan, plus de 40 000 personnes risquent actuellement de mourir de faim et plus de 2,8 millions de personnes ont besoin d’aide.

Soit près d’un quart de la population. Une guerre civile qui n’en finit pas, une pauvreté extrême et l’apathie internationale sont les ingrédients de la catastrophe.

Le documentaire « Urgence au Sud-Soudan » explore les causes, les mécanismes et l’impact de la famine dans ce jeune pays d’Afrique de l’est.

« Je ne laisse rien derrière moi », explique Peter Luak. Lui et sa famille ont été contraints de fuir Leer en août 2015, lorsque les combats entre les partisans du gouvernement et les forces rebelles ont décimé la ville.

Après avoir pataugé pendant trois jours dans les petits canaux qui quadrillent le Sud, l’une des zones humides les plus étendues au monde, ils sont arrivés à Ghouyman, une petite île où quelques familles avaient déjà trouvé refuge.

Dès son arrivée, Luak a fabriqué un filet de pêche avec la ficelle qu’une autre famille de l’île lui a donnée. Les bons jours, il attrape trois ou quatre poissons, juste assez pour nourrir sa nombreuse famille. Il arrive aussi qu’il ne prenne rien. Ces jours-là, s’il reste un peu de nourriture de la veille, il la donne aux enfants ; les adultes restent le ventre creux

Comme Luak et sa famille, quelque 2,8 millions de personnes, soit près du quart de la population du Soudan du Sud, sont en état d’insécurité alimentaire et ont besoin d’une aide d’urgence selon les Nations unies, qui mettent aujourd’hui en garde contre une famine imminente..

A partir de quand parle-t-on de famine ?

La famine est un terme technique qui, dans un système de classification établi à partir de données scientifiques, correspond à un niveau d’insécurité alimentaire précis dans une zone géographique définie. Le seuil est volontairement élevé et les cas de famine sont devenus rares. Une déclaration de famine est censée déclencher une action rapide et globale des organisations humanitaires en vue d’apporter denrées alimentaires et médicaments à ceux qui risquent de mourir de faim.
Mais cela n’a pas toujours été le cas. Avant l’adoption d’un système standard largement reconnu pour analyser les crises alimentaires, les organisations humanitaires, les gouvernements et les donataires se battaient pour savoir à partir de quel moment il était urgent d’intervenir, et comment.

La question a atteint un point critique en 2004, lorsque la Somalie a été touchée par une crise alimentaire. À l’époque, chaque agence internationale présente dans le pays avait ses propres indicateurs pour évaluer la sécurité alimentaire et les informations publiées étaient parfois contradictoires, explique Cindy Holleman, qui travaillait alors pour l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire en Somalie de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
« Les décideurs avaient du mal à faire le tri parmi les informations et à savoir laquelle était la bonne », poursuit-elle, car il n’existait aucun système standardisé et centralisé pour mesurer le niveau et la gravité des pénuries alimentaires.

L’absence de langage commun en la matière se doublait d’une incapacité à coordonner une action efficace, estime Chris Hillbruner du Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET), un projet de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID).

En 2004, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en concertation avec d’autres agences humanitaires, ont créé le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un ensemble de protocoles qui permet d’analyser et de classer la gravité de l’insécurité alimentaire. L’IPC a été actualisé en 2009 et la version 2.0 fait largement référence aujourd’hui.

La classification IPC prévoit cinq phases d’insécurité alimentaire – de Minimale (Phase 1) à Crise (Phase 3) et Famine (Phase 5). Chaque phase est analysée à partir d’indicateurs précis : accès à l’alimentation, malnutrition et mortalité. Ainsi, en Phase 5 (famine), au moins 20 % des ménages d’une zone géographique n’ont pas accès à l’alimentation, le taux de malnutrition aiguë est supérieur à 30 % et le taux de mortalité supérieur à 2 pour 10 000 par jour.

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