Lundi 24 Juillet 2017
 

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La liberté religieuse est en recul dans le monde

Article paru dans Le Figaro

L’association Aide à l’Église en Détresse (AED) pointe dans son rapport bisannuel la montée de «l’hyper-extrémisme islamiste» et d’une «nouvelle vague de répression» en Chine notamment, pour expliquer une «nette augmentation de l’intolérance religieuse» dans le monde.

La situation a empiré dans 14 pays

La liberté religieuse est en net recul dans le monde. C’est ce que montre le rapport 2016 de l’association Aide à l’Église en Détresse (AED) qui vient en aide aux chrétiens persécutés aux quatre coins du globe. Ce rapport bisannuel, qui couvre donc la période juin 2014-juin 2016, fait un point détaillé sur la situation de 20 pays pratiquant la persécution religieuse. «Sur les 196 pays étudiés, 38 ont montré des preuves indubitables de violations importantes de la liberté religieuse», écrivent les auteurs. Sur ces 38 pays, la situation a empiré dans un tiers des cas (37 %, soit 14 pays). Parmi les pays où la liberté religieuse a empiré, on trouve la Chine, le Pakistan, le Soudan, le Niger, ou encore les pays en guerre comme la Libye et le Yémen. Les pays où il y a eu une amélioration sont rares: le Qatar, l’Égypte (notamment en raison des signes encourageants pour l’unité nationale entre musulmans et chrétiens donnés par le général Al-Sissi), et le Bouthan.

«Hyper-extrémisme» islamiste

«Force est de relever que cette dégradation est également la conséquence d’une augmentation considérable des attaques islamiques contre les chrétiens», souligne le directeur de l’AED Marc Fromager. Le rapport définit un «nouveau phénomène de violence qualifié d’hyper-extrémisme islamiste», «sans précédents dans ses manifestations violentes». Cet hyper-extrémisme se distingue par «un système radical de droit et de gouvernement» ainsi que «des tentatives systématiques pour anéantir ou expulser tous les groupes qui ne sont pas conformes à leurs perspectives, y compris les coreligionnaires modérés et ceux de traditions différentes».

Les responsables de la persécution dans 12 des 23 pays les plus incriminés sont des organisations non-gouvernementales, rappelle l’AED, c’est-à-dire les fondamentalistes ou les organisations militantes, dont Daech constitue l’exemple le plus connu. L’Irak, où l’État islamique a planté son drapeau noir en juin 2014, constitue un cas à part dans la persécution religieuse, en raison des chrétiens chassés de la plaine de Ninive par les djihadistes après la prise de Mossoul, mais aussi du conflit entre sunnites et chiites qui se persécutent mutuellement. Mais l’absence de liberté religieuse a des racines plus profondes, note l’association. «Dans son ensemble, la liberté religieuse en Irak souffre d’un conflit profondément sectaire qui ne semble pas susceptible d’être résolu prochainement», écrivent les auteurs, notant que «la situation est meilleure pour les chrétiens» dans la zone contrôlée par les Kurdes. Les auteurs évoquent aussi la Syrie en «situation de guerre sectaire», où les persécutions sont commises aussi bien par les rebelles islamistes, que les Kurdes dans le nord, et le gouvernement d’Assad.

Répression d’État

Certains pays comme l’Inde, le Pakistan, la Birmanie, où il existe une religion d’État, mènent une répression organisée envers les minorités religieuses. La Corée du Nord, dictature où la religion est interdite au profit d’un culte exclusif de la personnalité des dirigeants, se distingue comme un des pires pays pour ce qui est de l’intolérance religieuse. Le rapport considère également l’Arabie saoudite «comme un des pires contrevenants à la liberté de culte», son gouvernement pouvant être considéré comme responsable de «violations systématiques, persistantes et flagrantes de la liberté religieuse». Et de citer la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde, qui rappelle que ce pays «continue à poursuivre, à emprisonner et à fouetter des individus pour dissidence, apostasie, blasphème, et sorcellerie», qu’il s’agisse d’athées, de chrétiens ou de la minorité chiite, qui «souffre toujours de discrimination sociale, légale, économique et politique».

Le rapport pointe également une «nouvelle vague de répression» non liée à l’islam, sur les groupes religieux, signalée en Chine et au Turkménistan. Le rapport rappelle des incidents récents en Chine: la démolition de 2000 croix des églises, des prêtres séquestrés, des fidèles arrêtés, et des étudiants expulsés de l’université.

«Lien entre paix et liberté religieuse»

Face à cet état des lieux plutôt catastrophiste, Marc Fromager insiste sur «le lien qui existe entre la liberté religieuse et la paix». «Si nous voulons la paix, nous devons protéger et développer la liberté religieuse», écrit le directeur de l’AED. Un propos repris par le père Jacques Mourad, prêtre catholique de Syrie capturé par Daech et emprisonné à Raqqa pendant 80 jours qui écrit en préambule du rapport: «Notre monde est au bord d’une grande catastrophe car l’extrémisme menace d’anéantir toute trace de diversité dans la société. Or, s’il y a une chose que la religion nous enseigne, c’est la valeur de la personne humaine, la nécessité de respecter les uns les autres comme un cadeau de Dieu.» Un vœu pieux pour l’avenir.

Lire le rapport


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