Syrie : Contrairement à l’accord de « cessation des hostilités » l’acheminement de l’aide humanitaire compliqué

Jean René Belliard analyse le Proche Orient

D’après le Programme Alimentaire des Nations Unies, plus de 486.000 personnes sont assiégées dans 18 régions différentes de Syrie.

La localité de Madaya, dans le nord-ouest de Damas, est encerclée depuis huit mois par le Hezbollah et les troupes du régime. Le drame humanitaire qui touche ses habitants avait déjà attiré l’attention de l’opinion internationale.

L’ONU avait fait parvenir à deux reprises des aides alimentaires et médicales à Madaya, mais aussi à Zabadani, une autre localité sunnite encerclée par le Hezbollah et l’armée syrienne, ainsi que Fuah et Kafraya, deux localités chiites situées à l’ouest d’ Alep.

Le Groupe International de Soutien à la Syrie, avait annoncé la semaine dernière, sous la co-présidence des Etats-Unis et de la Russie, un accord pour une « cessation des hostilités » en Syrie à partir du 27 février à minuit.

L’accord prévoyait également l’acheminement de l’aide humanitaire le plus rapidement possible aux zones encerclées.

Cependant, d’après les sources locales, seule Mouadamiyat al-Cham, une ville assiégée par les forces du régime au sud-ouest de Damas, a pu recevoir une aide humanitaire. Après une longue attente imposée par les forces du régime, seuls les camions comprenant des colis alimentaires et des produits d’hygiène ont pu entrer dans la ville. Les colis médicaux et les médicaments n’ont pas été autorisés.

En conséquence, 29 février, un autre enfant est mort à Madaya parce qu’il n’avait pas pu bénéficier d’une aide médicale et de médicaments.

Il y aurait près de 400 personnes gravement malades, rien qu’à Madaya. Seuls quatre d’entre elles ont pu quitter la ville assiégée le 12 février.

La situation est identique dans la Ghouta orientale où une aide médicale est enfin parvenue après la mort de deux personnes malades.

L’ONU avait annoncé le parachutage, le 24 février, de 21 tonnes d’aides à Deir-ez Zhor, une ville située à l’est de la Syrie, sous contrôle partiel de Daech.

L’ONU avait aussi annoncé que des aides parviendraient à Madaya, Zabadani, Fuah et Kafraya le 28 février, mais aucun convoi n’est arrivé dans ces localités.

L’ONU annonce l’acheminement de nouveaux convois humanitaires le  jeudi 3 mars

Le porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, Farhan Haq, a annoncé que des convois d’aides de différentes agences humanitaires seront acheminés ce jeudi 3 mars vers la ville de Kafr Batna à l’est de la Ghouta.

Lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’ONU à New York, Haq a déclaré que ces convois transporteront des produits alimentaires et médicaux pour environ 20.000 personnes, précisant que les «autorités sécuritaires interdisent l’entrée des équipements chirurgicaux».

Haq a ajouté que d’autres convois humanitaires seront envoyés samedi 5 mars dans quatre villes syriennes, à savoir Madaya, Zabadani, Fouah et Kafraya.

Le responsable onusien a indiqué que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait présenté quinze demandes au gouvernement syrien pour envoyer des médicaments et des équipements médicaux à 2,5 millions de personnes se trouvant dans 53 zones assiégées. «Les autorités syriennes ont accepté l’acheminement des aides vers Douma et Madaya, tandis que les autres demandes sont restées en suspens», a-t-il dit.

John Kerry très critique de Bachar al-Assad

Lundi 29 février, John Kerry, chef de la diplomatie américaine, avait sévèrement critiqué le régime pour les obstacles qu’il imposait au transport des aides humanitaires.

«Pouvez-vous au moins essayer d’avoir un peu d’éthique», avait-il lancé à l’adresse des autorités syriennes.

La reprise des négociations dépend de l’acheminement de l’aide humanitaire

L’Envoyé Spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura avait annoncé qu’en cas de respect de l’accord de cessez-le-feu et de l’acheminement de l’aide, les négociations pourraient reprendre à Genève le 7 mars.

L’armée arabe syrienne attaque en direction de Jisr al-Shoughour

Le fait que le Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, ne soit pas inclue dans l’accord de « cessation des hostilités » permet à l’armée arabe syrienne (AAS) de poursuivre le combat contre les forces rebelles associées au Front al-Nosra.

C’est le cas de l’offensive qu’a lancée la 103e brigade de l’AAS et l’infanterie de marine syrienne en direction du village stratégique de Kabani sur la route M-4 qui relie Alep à Lattaquié.

La localité de Kabani est entre les mains des rebelles de Jeich al-Fateh (l’armée de la conquête) qui, théoriquement, est partie prenante dans l’accord de cessez-le-feu. Mais les médias officiels syriens justifient l’opération en affirmant que c’est le Front al-Nosra qui occupe le village.

La 103e Brigade de l’AAS a attaqué Kabani sur son flanc sud, tandis que les soldats de l’infanterie de marine progressaient le long de la route M-4.

La capture de Kabani permettrait aux forces loyalistes d’avancer vers la ville de Jisr Al-Shoughour aux mains des rebelles de Jeich al-Fateh.

 

Après la reprise de la route Khanasser-Alep, l’armée se prépare à une offensive contre la province de Raqqa

Après la reprise par l’Armée Arabe Syrienne (AAS) de la route stratégique reliant Ithriya à Alep, le commandement central de l’AAS a ordonné à ses troupes de se rassembler dans la localité d’Ithriya, au sud de Khanasser en vue d’une nouvelle offensive contre l’Etat Islamique.

Les soldats syriens sont en cours de déploiement dans le secteur d’Ithriya, dans la province de Hama, en vue d’un assaut à l’ouest de la province de Raqqa, place-forte de l’Etat Islamique. L’opération vise à reprendre l’aéroport militaire de Tabaqa actuellement aux mains de l’EI.

Il s’agira de la plus grande opération militaire lancée contre l’Etat Islamique depuis le début de la présence des Jihadistes en Syrie.
La ville d’Ithriya, située dans le désert syrien, est stratégiquement située au Nord-Est de la province de Hama. Elle borde la province d’Alep au nord et est située à 15 km à l’ouest de l’axe reliant Raqqa. L’offensive pourrait débuter dans les jours prochains

Jean-René Belliard, aujourd’hui consultant, a effectué de nombreux et longs séjours au Liban et notamment pendant les heures les plus dramatiques de la guerre. Il publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants.

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